Une suite numérique est une fonction définie sur N (ou sur l'ensemble des entiers n≥n0) à valeurs dans R. On note un le terme de rang n et (un)n≥n0 la suite. Dans ce chapitre, tu apprends à répondre à trois questions : la suite est-elle bornée ? est-elle monotone ? converge-t-elle, et vers quelle limite ?
1. Le raisonnement par récurrence
Rédige toujours les trois étapes : initialisation, hérédité, conclusion. Dans l'hérédité, tu fixes un entier n≥n0, tu supposes P(n) vraie (c'est l'hypothèse de récurrence) et tu démontres P(n+1).
2. Suites majorées, minorées, bornées
3. Monotonie
Pour étudier la monotonie, tu as trois outils :
étudier le signe de un+1−un ;
si tous les termes sont strictement positifs, comparer le quotient unun+1 à 1 ;
si un=f(n) avec f monotone sur [n0,+∞[, alors (un) a le même sens de variation que f.
4. Suites arithmétiques et géométriques (rappels)
Notion
Suite arithmétique de raison r
Suite géométrique de raison q
Relation de récurrence
un+1=un+r
un+1=qun
Terme général
un=up+(n−p)r
un=upqn−p
Somme de N termes consécutifs
N×2premier terme+dernier terme
premier terme×1−q1−qN (si q=1)
5. Limite d'une suite
Une suite peut diverger de deux façons : en tendant vers +∞ ou −∞ (par exemple un=n2), ou en n'ayant aucune limite (par exemple un=(−1)n, qui vaut alternativement 1 et −1).
Limite de la suite géométrique (qn) :
Valeur de q
q≤−1
−1<q<1
q=1
q>1
limqn
pas de limite
0
1
+∞
Les opérations sur les limites (somme, produit, quotient) et les formes indéterminées sont les mêmes que pour les fonctions. De plus, si un=f(n) et limx→+∞f(x)=ℓ (finie ou infinie), alors limun=ℓ.
6. Critères de convergence par comparaison
Soient (un), (vn), (wn) trois suites et ℓ un réel. Les inégalités sont supposées vraies à partir d'un certain rang.
Si ∣un−ℓ∣≤vn et limvn=0, alors limun=ℓ.
Si vn≤un≤wn et limvn=limwn=ℓ, alors limun=ℓ (théorème des gendarmes).
Si un≥vn et limvn=+∞, alors limun=+∞.
Si un≤vn et limvn=−∞, alors limun=−∞.
Si un≤vn, limun=ℓ et limvn=ℓ′, alors ℓ≤ℓ′.
7. Suites monotones et convergence
8. Suites du type un+1=f(un)
La condition f(I)⊂I garantit, par récurrence, que tous les termes un sont dans I. Attention : ce théorème ne prouve pas la convergence. Il donne seulement les limites possibles, c'est-à-dire les solutions de l'équation f(x)=x dans I.
9. Hors programme PC/SVT
Méthodes
Méthode 1 : Rédiger une démonstration par récurrence
Écris clairement la propriété P(n) à démontrer.
Initialisation : vérifie P(n0) par un calcul.
Hérédité : suppose P(n) vraie pour un entier n fixé, puis démontre P(n+1) en partant de l'hypothèse.
Conclusion : « d'après le principe de récurrence, P(n) est vraie pour tout n≥n0 ».
Méthode 2 : Étudier le sens de variation d'une suite
Calcule un+1−un et étudie son signe.
Si tous les termes sont strictement positifs et s'il y a des puissances ou des produits, compare plutôt unun+1 à 1.
Si un=f(n), tu peux étudier les variations de f sur [n0,+∞[.
Méthode 3 : Utiliser une suite auxiliaire pour un+1=aun+b
Avec a=1, cherche le réel α tel que α=aα+b, soit α=1−ab (si a=1, la suite est arithmétique de raison b).
Pose vn=un−α et montre que vn+1=avn : la suite (vn) est géométrique de raison a.
Écris vn=v0an, puis un=vn+α.
Déduis la limite de (un) à partir de celle de (an).
Méthode 4 : Calculer une limite par comparaison
Repère le terme « qui oscille » ((−1)n, sinn, cosn) et encadre-le (par exemple −1≤sinn≤1).
Déduis un encadrement de un (attention au signe quand tu multiplies ou divises).
Conclus avec les gendarmes, ou avec ∣un−ℓ∣≤vn et limvn=0.
Méthode 5 : Étudier une suite récurrente un+1=f(un)
Trouve un intervalle I tel que f(I)⊂I (souvent avec le tableau de variations de f), puis montre par récurrence que un∈I.
Étudie le signe de f(x)−x sur I : il donne le signe de un+1−un=f(un)−un, donc la monotonie.
Monotone et bornée : la suite converge.
La limite ℓ est une solution de f(x)=x dans I ; élimine les solutions incompatibles.
Exercices corrigés
Exercice 1 : Suite arithmétique
Facile
(un)n∈N est une suite arithmétique telle que u3=11 et u10=32.
Détermine la raison r et le premier terme u0.
Exprime un en fonction de n.
Calcule S=u0+u1+⋯+u20.
Voir le corrigé
On a u10=u3+(10−3)r, donc 32=11+7r, d'où r=3. Puis u0=u3−3r=11−9=2.
un=u0+nr=2+3n.
La somme compte 20−0+1=21 termes. Le dernier terme est u20=2+60=62. Donc :
S=21×22+62=21×32=672
Exercice 2 : Suite géométrique et somme
Facile
(vn)n∈N est une suite géométrique telle que v1=18 et v4=32.
Détermine la raison q et v0.
Exprime vn en fonction de n.
On pose Sn=v0+v1+⋯+vn. Exprime Sn en fonction de n, puis calcule limSn.
Voir le corrigé
On a v4=v1q3, donc q3=182/3=271, d'où q=31. Puis v0=qv1=18×3=54.
vn=54(31)n.
Sn compte n+1 termes et q=1, donc :
Sn=54×1−311−(31)n+1=81(1−(31)n+1)
Comme −1<31<1, on a lim(31)n+1=0, donc limSn=81.
Exercice 3 : Calculs de limites
Facile
Calcule la limite de chaque suite.
un=2n2+53n2−n+1
vn=n+1−n
wn=3n+5n2n−5n
tn=nn−4n
Voir le corrigé
On factorise par n2 : un=2+n253−n1+n21. Donc limun=23.
Forme indéterminée « +∞−∞ ». On multiplie par la quantité conjuguée : vn=n+1+n(n+1)−n=n+1+n1. Le dénominateur tend vers +∞, donc limvn=0.
On divise numérateur et dénominateur par 5n : wn=(53)n+1(52)n−1. Comme 52 et 53 sont dans ]−1,1[, leurs puissances tendent vers 0, donc limwn=0+10−1=−1.
Forme « +∞−∞ ». On factorise : tn=n(n−4). Comme limn=+∞ et lim(n−4)=+∞, on obtient limtn=+∞.
Exercice 4 : Limites par comparaison
Moyen
Soit un=n+32n+(−1)n pour n∈N. Calcule limun.
Soit vn=ncosn pour n≥1. Calcule limvn.
Soit wn=n2+(−1)nn pour n∈N. Calcule limwn.
Voir le corrigé
On a −1≤(−1)n≤1 et n+3>0, donc :
n+32n−1≤un≤n+32n+1
Les deux suites qui encadrent tendent vers 2 (quotient des termes de plus haut degré). D'après le théorème des gendarmes, limun=2.
Comme ∣cosn∣≤1, on a ∣vn−0∣=n∣cosn∣≤n1, et limn1=0. Donc limvn=0.
Comme (−1)nn≥−n, on a wn≥n2−n=n(n−1). Or limn(n−1)=+∞, donc limwn=+∞.
La suite est croissante, donc un≥u0=21. De plus n+25>0, donc un<3.
(un) est croissante et majorée par 3, donc elle converge. Comme limn+25=0, on a limun=3.
Exercice 6 : Suite récurrente avec une racine carrée
Moyen
Soit (un) définie par u0=0 et un+1=3un+4 pour tout n∈N.
Montre par récurrence que 0≤un<4 pour tout n.
Montre que un+1−un=3un+4+un(4−un)(un+1), puis déduis le sens de variation de (un).
Montre que (un) converge et détermine sa limite.
Voir le corrigé
Initialisation : u0=0 vérifie 0≤u0<4.
Hérédité : supposons 0≤un<4. Alors 4≤3un+4<16, et comme la fonction racine carrée est strictement croissante sur [0,+∞[ : 2≤3un+4<4. Donc 0≤un+1<4.
Conclusion : 0≤un<4 pour tout n∈N.
On multiplie par la quantité conjuguée :
un+1−un=3un+4−un=3un+4+un3un+4−un2
Or −x2+3x+4=(4−x)(x+1) (on vérifie en développant). D'où la formule. Comme 0≤un<4 : 4−un>0, un+1>0 et le dénominateur est supérieur ou égal à 2. Donc un+1−un>0 : la suite est strictement croissante.
(un) est croissante et majorée par 4, donc elle converge vers un réel ℓ, et 0≤ℓ≤4 par passage à la limite.
La fonction f:x↦3x+4 est continue sur I=[0,4], croissante, avec f(0)=2 et f(4)=4, donc f(I)=[2,4]⊂I. Comme u0∈I et ℓ∈I, on a f(ℓ)=ℓ :
3ℓ+4=ℓ⟺ℓ2=3ℓ+4etℓ≥0⟺(ℓ−4)(ℓ+1)=0etℓ≥0
On rejette ℓ=−1 : donc limun=4.
Exercice 7 : Suite homographique et suite auxiliaire
Type Bac
Soit (un) définie par u0=3 et un+1=un+14un−2 pour tout n∈N.
a) Vérifie que un+1−2=un+12(un−2). b) Montre par récurrence que un>2 pour tout n.
a) Montre que un+1−un=−un+1(un−1)(un−2). b) Déduis que (un) est décroissante, puis qu'elle est convergente.
On pose vn=un−1un−2. a) Montre que (vn) est géométrique de raison 32 et calcule v0. b) Exprime vn, puis un, en fonction de n. c) Calcule limun.
Voir le corrigé
a) un+1−2=un+14un−2−2(un+1)=un+12un−4=un+12(un−2).
b) Initialisation : u0=3>2. Hérédité : si un>2, alors un−2>0 et un+1>0, donc un+1−2>0 d'après a). Conclusion : un>2 pour tout n.
a) un+1−un=un+14un−2−un(un+1)=un+1−un2+3un−2=−un+1(un−1)(un−2), car x2−3x+2=(x−1)(x−2).
b) Comme un>2 : un−1>0, un−2>0 et un+1>0, donc un+1−un<0. La suite est décroissante et minorée par 2 : elle converge.
a) Comme un>2, un−1=0 et vn est bien défini. On calcule un+1−1=un+14un−2−(un+1)=un+13(un−1). Avec 1. a) :
vn+1=un+1−1un+1−2=3(un−1)2(un−2)=32vn
La suite (vn) est géométrique de raison 32, de premier terme v0=3−13−2=21.
b) vn=21(32)n. De vn(un−1)=un−2, on tire un(1−vn)=2−vn, et vn≤21 donc 1−vn=0 :
un=1−vn2−vn=2−(32)n4−(32)n
Contrôle : pour n=0, on retrouve 2−14−1=3=u0.
c) Comme −1<32<1, lim(32)n=0, donc limun=24=2.
Exercice 8 : Étude de fonction et suite récurrente
Type Bac
Soit f la fonction définie sur R par f(x)=3x3+2.
Partie A
Calcule f′(x) et montre que f est croissante sur [0,1]. Déduis que f([0,1])⊂[0,1].
Vérifie que f(x)−x=3(x−1)2(x+2), puis déduis le signe de f(x)−x sur [0,1].
Partie B : soit (un) définie par u0=0 et un+1=f(un).
Calcule u1 et u2.
Montre par récurrence que 0≤un≤1 pour tout n.
Montre que (un) est croissante.
Déduis que (un) converge et calcule sa limite.
Voir le corrigé
Partie A
f′(x)=33x2=x2≥0, donc f est croissante sur R, en particulier sur [0,1]. Pour 0≤x≤1 : f(0)≤f(x)≤f(1), soit 32≤f(x)≤1. Donc f([0,1])=[32,1]⊂[0,1].
f(x)−x=3x3−3x+2. En développant : (x−1)2(x+2)=(x2−2x+1)(x+2)=x3−3x+2. D'où l'égalité. Sur [0,1], (x−1)2≥0 et x+2>0, donc f(x)−x≥0.
Partie B
u1=f(0)=32 et u2=f(32)=3278+2=8162.
Initialisation : u0=0∈[0,1]. Hérédité : si un∈[0,1], alors un+1=f(un)∈f([0,1])⊂[0,1]. Conclusion : 0≤un≤1 pour tout n.
un+1−un=f(un)−un≥0 d'après A.2, car un∈[0,1]. La suite est croissante.
(un) est croissante et majorée par 1, donc elle converge vers un réel ℓ∈[0,1]. La fonction f est continue sur [0,1], f([0,1])⊂[0,1] et u0∈[0,1], donc f(ℓ)=ℓ, c'est-à-dire (ℓ−1)2(ℓ+2)=0. Comme ℓ∈[0,1], on rejette ℓ=−2 : limun=1.
Exercice 9 : Approcher 2 avec une suite
Difficile
Soit (un) définie par u0=3 et un+1=21(un+un4).
Montre que, si un>0, alors un+1−2=2un(un−2)2.
Montre par récurrence que un≥2 pour tout n.
Montre que un+1−2≤21(un−2) pour tout n.
Déduis que 0≤un−2≤(21)n, puis calcule limun.
Donne un entier n pour lequel un est une valeur approchée de 2 à 10−3 près.
Initialisation : u0=3≥2. Hérédité : si un≥2, alors un>0 et, d'après 1., un+1−2=2un(un−2)2≥0. Conclusion : un≥2 pour tout n.
On écrit un+1−2=(un−2)×2unun−2. Comme un≥2, on a 0≤un−2<un, donc 0≤2unun−2<21. En multipliant par un−2≥0 : un+1−2≤21(un−2).
Par récurrence : pour n=0, 0≤u0−2=1≤(21)0. Si 0≤un−2≤(21)n, alors avec 2. et 3. : 0≤un+1−2≤21(21)n=(21)n+1.
Comme −1<21<1, lim(21)n=0. Avec ∣un−2∣≤(21)n, on conclut : limun=2.
Il suffit que (21)n≤10−3, soit 2n≥1000. Comme 210=1024, l'entier n=10 convient. En réalité, la convergence est bien plus rapide : u2=156313≈2,0064 et u3≈2,00001.
QCM
Erreurs fréquentes
Oublier l'initialisation dans une récurrence : l'hérédité seule ne prouve rien. Écris toujours les trois étapes.
Se tromper sur le nombre de termes : u0+u1+⋯+un compte n+1 termes, pas n.
Écrire « croissante et majorée par M, donc elle converge vers M » : la limite est seulement inférieure ou égale à M.
Croire que limqn=0 dès que q<1 : il faut −1<q<1. Pour q≤−1, la suite (qn) n'a pas de limite.
Résoudre f(ℓ)=ℓ sans avoir prouvé la convergence : l'équation donne seulement les limites possibles.
Garder une solution de f(ℓ)=ℓ qui n'est pas dans l'intervalle I, ou qui contredit la monotonie de la suite.
Passer à la limite en gardant une inégalité stricte : un<4 pour tout n donne seulement ℓ≤4.