1. Pourquoi une démarche particulière chez l'être humain ?
Chez les pois ou les drosophiles, le généticien choisit les parents, réalise des croisements dirigés et compte des centaines de descendants. Chez l'être humain, rien de tout cela n'est possible : on ne programme pas de croisements, les générations sont longues et les familles ont peu d'enfants.
On travaille donc avec deux outils :
l'arbre généalogique (ou pedigree), qui permet de déduire le mode de transmission d'un caractère à partir des phénotypes observés dans une famille ;
le caryotype, qui permet de repérer les anomalies du nombre ou de la structure des chromosomes.
Dans les arbres généalogiques de ce chapitre, un carré représente un homme et un rond une femme ; une figure pleine représente un individu malade (ou atteint), une figure vide un individu sain. Comme nous n'avons pas de dessins ici, les arbres sont donnés sous forme de tableaux : un individu = une ligne, avec son sexe, son phénotype et ses parents. Les générations sont notées en chiffres romains (I, II, III...), les individus d'une même génération en chiffres arabes (II-1, II-2...).
2. Transmission d'un caractère autosomique
Le gène est porté par une paire d'autosomes : les deux sexes sont touchés avec la même fréquence et chaque parent transmet un allèle avec la probabilité 21.
Notation : on écrit les génotypes d'un gène autosomique avec les deux allèles séparés par une barre, par exemple A//a, et les phénotypes entre crochets, par exemple [a].
Maladie autosomique récessive (allèle de la maladie : a). Un malade est a//a ; si ses deux parents sont sains, ils sont tous deux A//a. La maladie « saute » des générations et apparaît chez des enfants de parents sains. Exemples : la mucoviscidose, la phénylcétonurie, l'albinisme, la drépanocytose.
♂ \ ♀
A
a
A
A//A [sain]
A//a [sain, porteur]
a
A//a [sain, porteur]
a//a [malade]
Croisement de deux parents hétérozygotes : 43 d'enfants sains et 41 d'enfants malades.
Maladie autosomique dominante (allèle de la maladie : M, allèle sain : m). Un malade a au moins un parent malade ; la maladie apparaît à chaque génération. Un malade est M//m (cas le plus fréquent pour une maladie rare) ou M//M. Exemples : l'achondroplasie, la maladie de Huntington.
3. Transmission d'un caractère lié au sexe
Le gène est porté par la partie non homologue du chromosome X : le chromosome Y n'a pas d'allèle correspondant. Un homme n'a donc qu'un seul allèle de ce gène (on dit qu'il est hémizygote). On note XA et Xa les chromosomes X portant les allèles A et a.
Sexe
Génotypes possibles
Phénotypes
Femme
XAXA, XAXa, XaXa
[A], [A] (conductrice), [a]
Homme
XAY, XaY
[A], [a]
Exemples : le daltonisme, l'hémophilie A, la myopathie de Duchenne.
Pour décider du mode de transmission, on teste les hypothèses une par une :
Observation dans l'arbre
Conclusion
Deux parents sains ont un enfant malade
allèle récessif
Deux parents malades ont un enfant sain
allèle dominant
Fille malade, père sain (allèle récessif)
gène autosomique
Garçon sain, mère malade (allèle récessif)
gène autosomique
Fille saine, père malade (allèle dominant)
gène autosomique
Seuls des garçons malades, mère saine, père sain
allèle récessif lié à l'X possible (compatible, non démontré)
4. Le caryotype humain
On le réalise à partir de cellules en division : des lymphocytes du sang mis en culture, ou des cellules du liquide amniotique. Une substance (la colchicine) bloque les cellules en métaphase ; après un choc hypotonique qui disperse les chromosomes, on les étale, on les colore, on les photographie, puis on les classe par paires.
Le caryotype normal compte 46 chromosomes : 22 paires d'autosomes et 1 paire de chromosomes sexuels (gonosomes). On l'écrit : 46,XX pour une femme et 46,XY pour un homme.
5. Les anomalies chromosomiques
Les principales anomalies de nombre :
Syndrome
Formule chromosomique
Sexe
Particularité
Trisomie 21 (syndrome de Down)
47,XX,+21 ou 47,XY,+21
fille ou garçon
trois chromosomes 21 ; déficience intellectuelle variable
Syndrome de Klinefelter
47,XXY
garçon
un chromosome X en plus ; stérilité
Syndrome de Turner
45,X
fille
un seul chromosome X ; stérilité, petite taille
Origine : la non-disjonction à la méiose. Au cours de la méiose, deux chromosomes homologues (anaphase I) ou deux chromatides sœurs (anaphase II) peuvent ne pas se séparer et migrent ensemble vers le même pôle. Les gamètes obtenus ont alors n+1 chromosomes (un chromosome en trop) ou n−1 chromosomes (un chromosome manquant). La fécondation par un gamète normal à n chromosomes donne :
avec un gamète n+1 : un zygote à 2n+1 chromosomes (trisomie) ;
avec un gamète n−1 : un zygote à 2n−1 chromosomes (monosomie).
Chez l'être humain, la monosomie d'un autosome n'est pas viable : l'embryon s'arrête très tôt de se développer. Seule la monosomie X (45,X, syndrome de Turner) est compatible avec la naissance.
Le diagnostic prénatal permet d'établir le caryotype du fœtus (prélèvement de liquide amniotique par amniocentèse, ou de cellules du futur placenta). Il est proposé quand le risque est élevé et conduit à un conseil génétique.
6. Calcul de risque
Pour un couple, le risque est la probabilité que leur enfant soit atteint. On applique les règles suivantes.
Probabilités de base pour un caractère autosomique récessif :
Croisement
Enfants A//A
Enfants A//a
Enfants a//a
A//a×A//a
41
21
41
A//a×a//a
0
21
21
A//A×A//a
21
21
0
Le risque d'un couple dont chaque membre est hétérozygote avec la probabilité p1 et p2 vaut p1×p2×41.
Pour un caractère récessif lié à l'X, avec une mère conductrice XAXa et un père sain XAY : 21 des garçons sont malades, aucune fille n'est malade, 21 des filles sont conductrices. Pour un enfant sans connaître le sexe : 41 de risque d'avoir un garçon malade.
Méthodes
Méthode 1 : Déterminer si l'allèle est dominant ou récessif
Cherche dans l'arbre un couple de parents de même phénotype ayant un enfant de phénotype différent.
Deux parents sains avec un enfant malade : l'allèle responsable est récessif. Deux parents malades avec un enfant sain : l'allèle responsable est dominant.
Cite les individus précis (par exemple « I-1, I-2 et leur enfant II-3 »).
Exemple. Les parents I-1 et I-2 sont sains ; leur fille II-1 est malade. Le caractère « malade » est donc masqué chez les parents : l'allèle de la maladie est récessif.
Méthode 2 : Décider si le gène est autosomique ou lié à l'X
Suppose l'hypothèse « lié à l'X (partie non homologue) » et écris les génotypes que cela impose.
Cherche une contradiction : une fille malade avec un père sain ou un garçon sain avec une mère malade (hypothèse récessive), une fille saine avec un père malade ou un garçon malade avec une mère saine (hypothèse dominante).
Si tu trouves une contradiction, le gène est autosomique. Sinon, on dit que l'hypothèse est compatible : tu ne peux pas la démontrer, mais seulement ne pas la rejeter.
Exemple. II-1 est une fille malade, son père I-1 est sain. Si l'allèle est récessif et lié à l'X, II-1 est XaXa et a reçu Xa de son père : I-1 serait XaY donc malade. Contradiction : le gène est autosomique.
Méthode 3 : Écrire les génotypes
Choisis une lettre pour le gène (A ou a ; M ou m), la majuscule pour l'allèle dominant.
Un individu qui exprime l'allèle récessif est homozygote a//a.
Pour un individu exprimant l'allèle dominant : A//− (on ne sait pas si c'est A//A ou A//a) sauf si ses parents ou ses enfants permettent de conclure.
Utilise les descendants : un enfant a//a a reçu a de chaque parent, donc ses deux parents portent au moins un allèle a.
Méthode 4 : Calculer un risque
Écris, pour chaque personne, la probabilité d'être hétérozygote (ou conductrice).
Si une information supprime l'incertitude (un enfant malade déjà né, un test), remplace la probabilité par 1 ou 0.
Exemple. Deux personnes saines, chacune avec un frère malade et des parents sains, ont chacune une probabilité 32 d'être porteuses. Risque pour leur enfant : 32×32×41=91.
Méthode 5 : Interpréter un caryotype et expliquer son origine
Compte les chromosomes (en général 46) et identifie les gonosomes pour en déduire le sexe.
Repère l'excès ou le manque : « 47,XX,+21 » signifie 47 chromosomes avec trois chromosomes 21 chez une femme.
Pour expliquer l'origine : cherche le gamète anormal (24 ou 22 chromosomes si l'on raisonne sur n=23) et le gamète normal qui l'a rencontré, puis nomme l'accident : non-disjonction à l'anaphase I ou II de la méiose.
Conclus sur la viabilité : monosomie d'un autosome, non viable ; monosomie X, viable (syndrome de Turner).
Méthode 6 : Rédiger une réponse type bac
Cite la donnée précise du document (individus, valeurs).
Raisonne : « si... alors... » avec le vocabulaire exact (allèle, génotype, phénotype).
Conclus par une phrase qui répond exactement à la question posée.
Exercices corrigés
Exercice 1 : Lire un arbre généalogique simple
Facile
Une maladie héréditaire rare touche une famille. Voici l'arbre généalogique sous forme de tableau.
Individu
Sexe
Phénotype
Parents
I-1
homme
sain
—
I-2
femme
saine
—
II-1
femme
malade
I-1 et I-2
II-2
homme
sain
I-1 et I-2
II-3
homme
malade
I-1 et I-2
II-4
femme
saine
I-1 et I-2
L'allèle de la maladie est-il dominant ou récessif ? Justifie.
Le gène peut-il être porté par la partie non homologue du chromosome X ? Justifie.
Donne les génotypes de I-1, I-2, II-1 et II-3 (allèles A et a).
Quelle est la probabilité que le prochain enfant de I-1 et I-2 soit un garçon malade ?
Voir le corrigé
1. Les parents I-1 et I-2 sont sains, mais leurs enfants II-1 et II-3 sont malades. Le caractère malade était donc masqué chez les parents : l'allèle de la maladie est récessif.
2. Supposons que l'allèle récessif a soit porté par la partie non homologue de X. La fille malade II-1 serait XaXa et aurait reçu un Xa de son père I-1. Celui-ci serait alors XaY, donc malade. Or I-1 est sain : contradiction. Le gène n'est pas lié à X, il est autosomique (il n'est pas non plus sur Y, puisqu'une fille est atteinte).
3. On note A l'allèle sain (dominant) et a l'allèle de la maladie (récessif).
II-1 et II-3, malades : a//a.
I-1 et I-2 sont sains et ont chacun transmis un allèle a à leurs enfants malades : ils sont hétérozygotes A//a.
4. Échiquier du croisement A//a×A//a :
♂ \ ♀
A
a
A
A//A
A//a
a
A//a
a//a
Probabilité d'un enfant malade : 41. Probabilité que ce soit un garçon : 21. Les deux événements sont indépendants :
P(garc¸on malade)=41×21=81
Exercice 2 : Une maladie autosomique dominante
Facile
Une maladie touche une autre famille, décrite ci-dessous.
Individu
Sexe
Phénotype
Parents
I-1
homme
malade
—
I-2
femme
saine
—
II-1
femme
malade
I-1 et I-2
II-2
femme
saine
I-1 et I-2
II-3
homme
malade
I-1 et I-2
II-4
femme
malade
extérieure, conjointe de II-3
III-1
fille
saine
II-3 et II-4
III-2
garçon
malade
II-3 et II-4
Montre que l'allèle de la maladie est dominant.
Montre que le gène n'est pas porté par la partie non homologue du chromosome X.
Donne les génotypes de I-1, I-2, II-3, II-4 et III-1 (allèles M pour la maladie et m pour l'allèle sain).
Quelle est la probabilité que III-2 soit homozygote M//M ?
Voir le corrigé
1. Les parents II-3 et II-4 sont tous les deux malades et ont une fille saine, III-1. Si l'allèle de la maladie était récessif, II-3 et II-4 seraient homozygotes pour cet allèle, ne pourraient transmettre que lui, et tous leurs enfants seraient malades : contradiction avec III-1. L'allèle de la maladie est donc dominant : le caractère sain était masqué chez les deux parents.
2. Supposons que l'allèle dominant soit porté par la partie non homologue de X. Le père malade I-1 serait XMY et transmettrait XM à toutes ses filles : elles seraient toutes malades. Or sa fille II-2 est saine : contradiction. Le gène est autosomique. (Le même argument s'applique à III-1, fille saine d'un père malade.)
3.
I-2 est saine : m//m.
II-2 est m//m ; elle a reçu un allèle m de son père : I-1 est donc hétérozygote M//m.
II-3 est malade, avec une mère m//m : il a reçu m de sa mère, donc M//m.
II-4 est malade, et sa fille III-1 est m//m : II-4 a transmis m, donc II-4 est M//m.
III-1, saine : m//m.
4. Les parents sont M//m×M//m : 41M//M, 21M//m, 41m//m. III-2 est malade, donc il n'est pas m//m. On ne retient que les deux génotypes malades :
P(M//M∣malade)=1/4+1/21/4=31
Il est M//M avec la probabilité 31 et M//m avec la probabilité 32.
Exercice 3 : Calculer le risque pour un couple
Moyen
Une maladie autosomique récessive est présente dans deux familles. Dans la première, II-1 est une fille malade ; dans la seconde, II-4 est un garçon malade. Tous les autres individus listés sont sains.
Individu
Sexe
Phénotype
Parents
I-1
homme
sain
—
I-2
femme
saine
—
I-3
homme
sain
—
I-4
femme
saine
—
II-1
femme
malade
I-1 et I-2
II-2
femme
saine
I-1 et I-2
II-3
homme
sain
I-3 et I-4
II-4
homme
malade
I-3 et I-4
Les personnes II-2 et II-3 (saines, non apparentées) projettent d'avoir un enfant.
Quelle est la probabilité que II-2 soit hétérozygote ? Même question pour II-3.
Calcule le risque que leur premier enfant soit malade.
Calcule la probabilité qu'ils aient deux enfants malades, puis au moins un enfant malade parmi deux enfants.
Ils ont un premier enfant malade. Quel est le risque pour leur deuxième enfant ?
Voir le corrigé
1. Les parents de II-2 sont sains et ont déjà une fille malade (II-1) : ils sont tous deux A//a. II-2, saine, est A//A (probabilité 31) ou A//a (probabilité 32). Le même raisonnement s'applique à II-3, dont le frère II-4 est malade : probabilité 32 d'être hétérozygote.
2. Pour que l'enfant soit malade, il faut que II-2 soit hétérozygote et lui transmette a, et que II-3 soit hétérozygote et lui transmette aussi a :
P=32×32×41=364=91≈0,11
3. Attention : avant de connaître les parents, les deux enfants ne sont pas indépendants, car ils dépendent des mêmes génotypes parentaux. On calcule donc d'abord la probabilité que les deux parents soient hétérozygotes : 32×32=94. Ensuite, sachant que les deux parents sont hétérozygotes, chaque enfant est malade avec la probabilité 41, indépendamment de l'autre.
Deux enfants malades : 94×(41)2=1444=361≈0,028.
Au moins un enfant malade : 94×(1−(43)2)=94×167=367≈0,19.
Le calcul naïf (91)2=811 serait faux : il oublierait que ce sont les mêmes parents pour les deux enfants.
4. Un enfant malade a//a prouve que les deux parents sont hétérozygotes. Les probabilités 32 sont remplacées par 1 :
P=1×1×41=41
Le risque passe de 91 à 41 pour la naissance suivante.
Exercice 4 : Une maladie liée au chromosome X
Moyen
Une maladie héréditaire rare apparaît dans la famille suivante.
Individu
Sexe
Phénotype
Parents
I-1
homme
malade
—
I-2
femme
saine
—
II-1
femme
saine
I-1 et I-2
II-2
homme
sain
I-1 et I-2
II-3
femme
saine
I-1 et I-2
II-4
homme
sain
extérieur, conjoint de II-1
III-1
garçon
malade
II-1 et II-4
III-2
fille
saine
II-1 et II-4
III-3
garçon
sain
II-1 et II-4
Montre que cet arbre est compatible avec un allèle récessif porté par la partie non homologue du chromosome X.
Donne les génotypes de I-1, II-1, II-3 et III-1 (allèles XA et Xa).
L'hypothèse d'un gène autosomique récessif est-elle exclue ? Discute.
On retient l'hypothèse d'un allèle récessif lié à l'X. II-3 attend un enfant avec un homme sain. Construis l'échiquier de croisement et calcule la probabilité que l'enfant soit malade, puis qu'il soit un garçon malade.
Voir le corrigé
1. I-1 est un homme malade : XaY. Il a transmis son Xa à toutes ses filles (II-1 et II-3), qui ont reçu un XA de leur mère : elles sont saines, conductrices. Son fils II-2 a reçu son Y : il est sain. II-1 (XAXa) a transmis Xa à son fils III-1, qui est donc malade. Tous les phénotypes s'expliquent : l'arbre est compatible avec cette hypothèse.
2.
I-1 : XaY.
II-1 et II-3 : filles de I-1 (donc Xa) saines : XAXa (conductrices).
III-1 : garçon malade, avec un père XAY : XaY.
3. Non, elle n'est pas exclue. Pour une transmission autosomique récessive, il faudrait que II-4 (venu d'une autre famille) soit hétérozygote pour que III-1 soit a//a, ce qui est possible mais improbable pour une maladie rare. Par ailleurs, l'hypothèse « liée à X » explique sans coïncidence que le seul malade de la troisième génération soit un garçon issu d'une mère conductrice. L'hypothèse liée à X est la plus probable, mais l'arbre ne la démontre pas.
4. II-3 est XAXa (question 2), son conjoint XAY :
♂ \ ♀
XA
Xa
XA
XAXA (fille saine)
XAXa (fille conductrice)
Y
XAY (garçon sain)
XaY (garçon malade)
Chaque case a la probabilité 41.
Probabilité que l'enfant soit malade : 41 (seulement le garçon XaY).
Probabilité que l'enfant soit un garçon malade : 41. Si l'on sait déjà que c'est un garçon : 21.
Aucune fille ne peut être malade, car le père est sain (XAY) et ne transmet que XA à ses filles.
Exercice 5 : Lire des caryotypes
Moyen
Le tableau donne les formules chromosomiques de cinq patients.
Patient
Formule chromosomique
P1
46,XY
P2
47,XX,+21
P3
45,X
P4
47,XXY
P5
47,XY,+18
Pour chaque patient, donne le nombre de chromosomes, le sexe et dis si le caryotype est normal. Nomme l'anomalie quand tu la connais.
Explique pourquoi P3, avec un seul chromosome sexuel, est de sexe féminin.
P4 a un caryotype 47,XXY. Propose deux origines possibles de ce caryotype en précisant le gamète anormal et le gamète normal impliqués.
Voir le corrigé
1.
Patient
Chromosomes
Sexe
Caryotype
Anomalie
P1
46
homme
normal
aucune
P2
47
femme
anormal
trisomie 21 (trois chromosomes 21)
P3
45
femme
anormal
syndrome de Turner (monosomie X)
P4
47
homme
anormal
syndrome de Klinefelter (un X en plus)
P5
47
homme
anormal
trisomie 18 (trois chromosomes 18)
2. Le sexe masculin dépend de la présence d'un chromosome Y ; en son absence, l'embryon se développe en fille. P3 n'a aucun Y : elle est de sexe féminin.
3. Le zygote 47,XXY a un X et un Y en plus des 22 paires d'autosomes. Deux origines sont possibles :
un ovule anormal XX (non-disjonction des deux chromosomes X lors de la méiose maternelle, n+1=24 chromosomes) fécondé par un spermatozoïde normal Y ;
un spermatozoïde anormal XY (non-disjonction des chromosomes X et Y à l'anaphase I de la méiose paternelle) fécondé par un ovule normal X.
Dans les deux cas, l'accident est une non-disjonction à la méiose ; le caryotype seul ne permet pas de dire quel parent est concerné.
Exercice 6 : Non-disjonction et trisomie 21
Moyen
On considère une méiose dans un ovocyte d'une femme dont le caryotype est normal. Pour simplifier, on suit seulement la paire de chromosomes 21 et on raisonne sur les quatre cellules obtenues (en réalité, un seul ovule est conservé). Les ovules normaux ont n=23 chromosomes.
La paire 21 ne se sépare pas lors de l'anaphase I. Décris les quatre cellules obtenues (nombre de chromosomes et nombre de chromosomes 21).
La non-disjonction a lieu à l'anaphase II, dans une seule des deux cellules filles de la division I. Décris les quatre cellules obtenues.
Chaque gamète anormal est fécondé par un spermatozoïde normal. Donne le caryotype de chaque zygote et dis lesquels sont viables.
La femme est-elle la « cause héréditaire » de la trisomie 21 de son enfant ? Justifie.
Voir le corrigé
1. À l'anaphase I, les deux chromosomes 21 homologues migrent ensemble vers le même pôle. Les deux cellules filles de la division I sont : l'une avec les deux chromosomes 21 (chacun à deux chromatides), l'autre sans aucun chromosome 21. La division II sépare ensuite les chromatides de chaque chromosome : on obtient deux cellules à 24 chromosomes (deux chromosomes 21 chacune) et deux cellules à 22 chromosomes (aucun chromosome 21).
2. La division I est normale : deux cellules à n chromosomes dupliqués. Dans l'une, la division II est normale : deux gamètes normaux à 23 chromosomes (un chromosome 21 chacun). Dans l'autre, les deux chromatides du chromosome 21 migrent vers le même pôle : un gamète à 24 chromosomes (deux chromosomes 21) et un gamète à 22 chromosomes (aucun chromosome 21).
3. Le spermatozoïde normal apporte 23 chromosomes dont un chromosome 21.
Gamète maternel
Zygote
Chromosomes 21
Viabilité
normal, 23
46
2
viable
anormal, 24
47
3 : trisomie 21
viable
anormal, 22
45
1 : monosomie 21
non viable (arrêt précoce du développement)
4. Non. La trisomie 21 libre résulte d'un accident de méiose : le caryotype de la mère est normal (46,XX) et elle ne porte aucun allèle ni chromosome anormal transmissible. L'accident peut se reproduire, mais pas comme une maladie familiale.
Exercice 7 : Un arbre sur trois générations
Type Bac
Une maladie héréditaire rare touche une famille. Le tableau décrit l'arbre généalogique.
Individu
Sexe
Phénotype
Parents
I-1
homme
sain
—
I-2
femme
saine
—
II-1
femme
malade
I-1 et I-2
II-2
homme
sain
I-1 et I-2
II-3
femme
saine
I-1 et I-2
II-4
homme
sain
extérieur, conjoint de II-1
II-5
femme
saine
extérieure, conjointe de II-2
III-1
garçon
sain
II-4 et II-1
III-2
fille
saine
II-4 et II-1
III-3
fille
saine
II-2 et II-5
III-4
garçon
sain
II-2 et II-5
Montre que l'allèle responsable de la maladie est récessif.
Montre que le gène n'est pas porté par la partie non homologue du chromosome X, puis qu'il est autosomique.
Donne les génotypes de I-1, I-2, II-1, III-1 et III-2 (allèles A et a).
On suppose que II-5, venue d'une autre famille, est homozygote A//A. Calcule la probabilité que III-3 soit hétérozygote.
III-3 épouse un homme sain, non apparenté, dont la probabilité d'être hétérozygote dans la population est 501. Calcule la probabilité que leur premier enfant soit malade.
Voir le corrigé
1. Les parents I-1 et I-2 sont sains et ont une fille malade II-1. Le phénotype « malade » était donc masqué chez les deux parents : l'allèle de la maladie est récessif. I-1 et I-2 sont hétérozygotes.
2. Supposons l'allèle récessif a porté par la partie non homologue de X. II-1 est une fille malade : elle serait XaXa et aurait reçu un Xa de son père I-1, qui serait alors XaY, donc malade. Or I-1 est sain : contradiction. Le gène n'est donc pas lié à X. Il n'est pas non plus lié à Y, puisqu'une fille est atteinte. Il est autosomique.
3.
II-1, malade, est a//a.
I-1 et I-2 sont sains et ont transmis a à II-1 : A//a tous les deux.
III-1 et III-2 sont les enfants de II-1 (a//a) ; ils ont reçu a de leur mère. Ils sont sains, donc ils ont aussi reçu A de leur père : ils sont hétérozygotes A//a (porteurs sains).
4. II-2 est sain et ses parents I-1 et I-2 sont A//a : II-2 est A//a avec la probabilité 32 (voir le cours). II-5 est A//A et ne transmet que A. III-3 n'est hétérozygote que si II-2 est hétérozygote et lui transmet a :
P(III-3 heˊteˊrozygote)=32×21=31
5. Pour que l'enfant soit malade, il faut : III-3 hétérozygote (31), son conjoint hétérozygote (501), puis la transmission de a par chacun (21×21) :
P=31×501×41=6001≈0,0017
Le risque est de l'ordre de 1 sur 600.
Exercice 8 : Activité enzymatique et génotypes
Type Bac
La maladie P est due à l'absence d'une enzyme E. On mesure l'activité de cette enzyme dans le sang d'individus d'une famille et de personnes témoins, en pourcentage de l'activité moyenne observée chez les témoins (tableau ci-dessous). I-1 et I-2 sont les parents de II-1, II-2 et II-3. II-4 est le conjoint de II-3.
Individu
Phénotype
Activité de l'enzyme E (%)
I-1
sain
49
I-2
sain
52
II-1
malade
2
II-2
sain
100
II-3
sain
51
II-4
sain
98
Témoin 1
sain
101
Témoin 2
sain
97
Compare les valeurs d'activité enzymatique et regroupe les individus en trois lots.
Propose une hypothèse expliquant ces trois lots à partir des génotypes (allèles A et a).
Explique pourquoi les hétérozygotes sont sains alors que leur activité est environ moitié de la normale.
II-3 et II-4 attendent un enfant. Quelle est la probabilité qu'il soit malade ? Que serait-elle si II-4 avait eu une activité de 50 % ?
Quel est l'intérêt de ce type de dosage pour les familles ?
Voir le corrigé
1. Trois lots :
activité d'environ 100 % : II-2, II-4, témoins 1 et 2 (valeurs de 97 à 101) ;
activité d'environ 50 % : I-1, I-2, II-3 (valeurs de 49 à 52) ;
activité quasi nulle (2 %) : II-1, le seul malade.
2. Hypothèse : l'allèle A code une enzyme fonctionnelle, l'allèle a ne permet pas de produire une enzyme active. Chaque allèle A apporte la moitié de l'activité :
A//a (un seul allèle fonctionnel) : environ 50 % (I-1, I-2, II-3) ;
a//a (aucun allèle fonctionnel) : environ 0 % (II-1, malade).
Cette hypothèse est cohérente avec la famille : I-1 et I-2, sains et hétérozygotes, ont eu un enfant malade a//a (II-1).
3. Une activité de 50 % suffit à assurer la transformation du substrat et la fonction normale : le phénotype des hétérozygotes est donc sain. Seuls les individus sans aucun allèle fonctionnel (a//a) manifestent la maladie. L'allèle a est donc récessif à l'échelle du phénotype de l'organisme, même si, à l'échelle de l'enzyme, l'hétérozygote est intermédiaire.
4. II-3 est hétérozygote (51 % d'activité) : elle transmet a avec la probabilité 21. II-4 est A//A (98 %) : il ne transmet que A. L'enfant ne peut pas être a//a :
P(enfant malade)=0
Environ la moitié des enfants seront des porteurs sains. Si II-4 avait eu une activité d'environ 50 %, il serait A//a et le risque serait 1×1×41=41.
5. Le dosage permet de repérer les porteurs sains sans attendre la naissance d'un enfant malade : on remplace la probabilité 32 par une certitude (1 ou 0), et on peut proposer un conseil génétique précis.
Exercice 9 : Âge maternel et trisomie 21
Type Bac
Le tableau donne, pour un échantillon simplifié de naissances, le nombre d'enfants atteints de trisomie 21 pour 10 000 naissances, selon l'âge de la mère.
Âge de la mère (ans)
20
25
30
35
40
45
Enfants trisomiques pour 10 000 naissances
7
8
11
29
100
330
Décris l'évolution de la fréquence de la trisomie 21 avec l'âge de la mère.
Calcule le facteur par lequel la fréquence est multipliée entre 30 et 40 ans, puis entre 20 et 45 ans.
Propose une hypothèse expliquant cette évolution, en t'appuyant sur le fait que les ovocytes d'une femme sont formés avant sa naissance et restent bloqués en prophase I jusqu'à la période de l'ovulation.
Rappelle le mécanisme chromosomique à l'origine de la trisomie 21.
Voir le corrigé
1. La fréquence augmente avec l'âge de la mère. Elle varie lentement entre 20 et 30 ans (de 7 à 11 pour 10 000), puis augmente de plus en plus vite : 29 à 35 ans, 100 à 40 ans, 330 à 45 ans.
2. Entre 30 et 40 ans : 11100≈9,1 : la fréquence est multipliée par environ 9. Entre 20 et 45 ans : 7330≈47 : la fréquence est multipliée par environ 47.
3. Les ovocytes d'une femme sont tous formés avant sa naissance et attendent jusqu'à plusieurs décennies, bloqués en prophase I, avant de reprendre leur méiose peu avant l'ovulation. Hypothèse : plus l'ovocyte reste longtemps en attente, plus les structures qui maintiennent les chromosomes appariés et permettent leur séparation (fuseau, cohésion entre chromosomes) se dégradent, et plus le risque de non-disjonction à la reprise de la méiose est élevé. Cette hypothèse est cohérente avec l'augmentation rapide de la fréquence après 35 ans.
4. La trisomie 21 est le plus souvent due à une non-disjonction du chromosome 21 à la méiose (anaphase I ou II) : un gamète reçoit deux chromosomes 21 (24 chromosomes). Sa fécondation par un gamète normal donne un zygote à 47 chromosomes, avec trois chromosomes 21 (47,XX,+21 ou 47,XY,+21).
QCM
Erreurs fréquentes
Penser qu'un individu sain est forcément homozygote dominant : pour une maladie récessive, un individu sain peut être hétérozygote (porteur sain). C'est précisément ce qui fait « sauter » les générations.
Conclure « autosomique » sans argument : un arbre compatible avec une hypothèse ne la démontre pas. Pour démontrer, il faut une contradiction qui exclut l'autre hypothèse (fille malade d'un père sain pour un gène récessif, par exemple).
Dire qu'une maladie liée à l'X ne touche que les garçons : une fille peut être malade si elle est XaXa (père malade et mère conductrice ou malade). Elle est seulement beaucoup plus rare.
Faire transmettre le X du père à son fils : un père transmet son Y à ses fils et son X à ses filles. Un fils reçoit toujours son X de sa mère.
Calculer 21 au lieu de 32 pour un individu sain issu de deux parents hétérozygotes : on sait qu'il n'est pas malade, il faut donc retirer le génotype a//a avant de calculer.
Croire qu'après un enfant malade, le suivant est « moins à risque » : chaque naissance est indépendante. Le risque est toujours 41 pour deux parents hétérozygotes.
Confondre trisomie 21 et « 3 chromosomes » : il y a trois chromosomes 21, donc 47 chromosomes au total, pas 3.
Penser qu'une trisomie 21 libre est héréditaire : c'est un accident de méiose chez des parents au caryotype normal, pas un allèle transmis.
À retenir
Un arbre généalogique permet de déterminer si l'allèle est dominant ou récessif, puis s'il est autosomique ou lié à X.
Deux parents sains avec un enfant malade : allèle récessif. Deux parents malades avec un enfant sain : allèle dominant.
Pour exclure un gène lié à X, cherche une contradiction (fille malade, père sain pour un allèle récessif ; fille saine, père malade pour un allèle dominant).
Pour un gène lié à X récessif : un garçon reçoit son X de sa mère ; toutes les filles d'un père malade sont au moins conductrices.
Le caryotype normal est 46,XX (femme) ou 46,XY (homme) : 22 paires d'autosomes et une paire de gonosomes.
Les anomalies de nombre viennent d'une non-disjonction à la méiose (gamète n+1 ou n−1) ; la fréquence de la trisomie 21 augmente avec l'âge de la mère.
Un individu sain dont les deux parents sont hétérozygotes est hétérozygote avec la probabilité 32.
Risque pour un couple : probabilité d'être porteur du père × probabilité d'être porteur de la mère ×41 ; il devient 41 si les deux sont certainement hétérozygotes.